La suite de cette course à l'ouest entamé à Mersin fut plus bucolique. Le terrain offrant d'innombrables alternatives à la monstrueuse D400 - car oui c'est toujours elle qui longe la côte méditerranéenne, aussi bien entre Mersin et Antalya qu'entre Antalya et Fethiye - et la très faible fréquentation de cette dernière restant incomparable à celle de la portion parcouru semaine précédante, on peut affirmer haut et fort pour avoir fait l'expérience des deux : c'est mieux ici que là bas ! Une petite pression aura précipité la fuite en avant direction Fethiye (aaah ces ferry décidément), mais aucune concession n'aura été faite sur l'itinéraire prévu et les splendides contrés qu'il arpente. En piste !
Lundi 27/02.
Je me réveille ce matin à l'est Mavikent, au dessus des criques magnifiques où il ne m'a pas été possible de camper hier soir. Je remballe et refais en sens inverse et sans m'en lasser la route avalée en fin de journée la veille et déjà parcouru 2 semaines plus tôt. Quand même, qu'est ce que c'est beau ici...


İl fait grand bleu encore une fois, je rejoins Finike (où l'on avait occupé une petite guérite mal fermé en passant à l'aller, pour échapper à la pluie) vers 11h30 et m'accorde une première petite pause börek-çay. Une grosse demi-heure plus tard je m'élance sur la portion de route qui me sépare de Demre, très joli tracé au plus proche de l'eau, vent dans le dos, soleil et peu de circulation : le bonheur. Arrivée à Demre où je déniche un petit "Lokanta" dans lequel je me fais servir de délicieux mantı. L'accueil est chaleureux dans ce petit restaurant, et je repars le sourire aux lèvres et le ventre bien plein !
Un raidillon me calme d'entré de jeux, au moins 15% celui-là... Un taxi me double, s'arrête et m'attend : "attrape ma main chef !" Oho le tire-fesse est installé, je ne vais pas me le faire dire deux fois ! Oui mais non, parceque tracter mon propre poid, auquel s'ajoutent les 50kg du vélo chargé, avec un seul de mes deux petits bras (qui, rappelons-le, n'ont pas subit le même entraînement que mes cuisses durant ces 5 derniers mois), le tout dans une côte à 15%, eh ben c'est pas possible. Je lâche une fois, deux fois, avant de renoncer. Mon tire-fesse s'en va, un peu déçu, et je reste à me masser l'épaule droite qui a frôlé la luxation. Boudiou, j'aurai pas dit que c'était aussi douloureux le remorquage !
L'objectif de ce soir : un bivouac en face des petites îles de Kekova, spot recommandé par Niko et Fanny (qui font alors la route que nous avons parcouru à 4, entre Fethiye et Antalya). Sur le point d'arriver je croise un tombeau Lycien taillé à même la roche d'un énorme bloc esseulé, petites photos (petite pause oui) et c'est reparti.


L'arrivée au dessus de Kaleüçağiz (ahaaa pas facile à prononcer celui-là hein ! c'est un village de la côte en face des petites îles) est marquante, c'est vraiment sympa le découpage de la mer par ces petits îlots.

Mardi.
La plupart du temps, les bivouacs 3 étoiles se payent, d'une manière ou d'une autre. İci c'est en ajoutant 200m à mon dénivelé de la matinée. Pour rejoindre Kaş, il me faut d'abord remonter au cœur des petites montagnes qui plongent dans la mer, il n'y a pas de route au bord de l'eau. J'ai prévu d'aller jusqu'à Kaş en prenant le temps qu'il faudra, puis de trouver un bivouac à proximité, pour faire de cette journée une étape un peu plus reposante.
Je gravis donc les lacets et longues traversées en mauvais goudron, torse nu et suant toute l'eau de mon corps (ça goûte de ma barbe qui commence décidément à être trop longue). En haut de la série de côtes, je renfile un t-shirt. Et zébardiiiii pour 15 km de descente ! Petite pause photo au dessus de la baie de Kaş, le belvédère offre une belle vue dégagée dont je n'avais pas vraiment pris la peine de me soucier en passant dans l'autre sens (c'était raaaaide).

J'avale une pide dans le centre de Kaş et en profite pour faire un petit point sur la suite : je veux prendre un ferry pour Rhodes le 5 Mars, puis de là un autre pour Heraklion, en Crète. Quand partent les ferry pour la Crète alors ? Aïe. İl semble que la seule option qui me permette de traverser sans passer 4 jours sur Rhodes soit de prendre un ferry le 3 Mars pour la 1e île, puis le 5 au matin pour la seconde. Ça raccourci carrément mon timing pour arriver à Fethiye tout ça... Tant pis pour la petite étape reposante du jour ! Je repars aussitôt, avec l'objectif de passer Kalkan avant ce soir. La route entre Kaş et Kalkan est du même genre que celle entre Finike et Demre, et ce vent de dos qui tient bon rend les choses plus appréciables.

Je déniche mon bivouac en haut des 4 lacets d'une micro-route qui m'écarte de la grosse D400 (vous commencez à la connaître vous aussi non ?), et pose ma tente au milieu des anémones (merci Achille pour le petit cours de Botanique). Si je crapahute sur les rochers au dessus de chez moi, la vue est assez plaisante, et je déniche même une tortue dans les fourrés. Je savais qu'il y en avait ici, mais on n'en n'avait pas vu une vraiment vivante depuis le début !




Mercredi.
Aujourd'hui, c'est le coup de grâce de cette série de journées intenses. Je veux rejoindre Fethiye en traversant les montagnes qui bordent l'eau. On pensait que c'était impossible en passant la première fois, qu'il n'y avait pas de route pour le faire. Mais j'ai lu que si, et en effet, en zoomant sur ma carte j'ai trouvé. Ça n'a pas l'air gros mais il y en a bien une. Une qui monte sec. Mais ça doit valoir le coup, j'ai aussi lu que c'était magnifique, et ça me permet de prendre une route différente de celle de l'aller. Bref. En avant Guingamp !
La route du matin, pour m'approcher du pied des montagnes, est plate. Je croise deux cyclo-voyageur, Zoé et Jarko, couple franco-slovac, qui font route vers l'est avec l'objectif d'aller jusqu'en Mongolie. On échange quelques minutes, et je repars avec deux petits autocollants. Bonne route les amis !

Petit pique-nique (eh oui, pas de resto dans ce coin perdu...) à Boğaziçi, au pied du vif du sujet.
La montée est RAİDE, raide comme on en a rarement eu avant. Mais c'est vraiment très beau. Mis à part durant la traversée du village d'Alinca, saccagé par les hôtels qui sortent de terre tous les 20m, je goûte à la splendeur de ces paysages montagneux qui offrent une vue du ciel sur la mer, sur ces criques nichées au pied de pentes abruptes quand ce ne sont pas des falaises. La route est minuscule, il n'y a personne.


Je m'arrête prendre un çay après avoir été attiré par les cris d'une bergère devant un petit apenti. Elle tourne sa laine, ou bien de la ficelle, on n'échange que très peu. Puis je me remets en route pour ce qu'il me reste de montée.
Arrivé au col qui marque le sommet de mon ascension, je suis rincé. La descente qui m'attend n'a qu'à bien se tenir !

Je me trouve un petit bivouac, juste au dessus du village de Kirme. Certainement mon dernier bivouac turc... Je m'effondre avant 21h30 après 3 épisodes d'un podcast sur Léon Blum (on se laisse pas aller hein, c'est p'tet grace à lui que j'ai un an de vacances pour me balader comme ça !).




Jeudi.
Aujourd'hui je dois arriver à Fethiye le plus tôt possible, pour acheter mon billet de bateau pour Rhodes. Les mauvaises expériences de Çeşme me mettent un peu la pression et j'aimerais assurer le coup. Je profite malgré tout des dernières vues à couper le souffle qui s'offrent à moi depuis ma petite route, avant de rejoindre Ölüdeniz.


Grosse montée bien raide (mais c'est vraiment raide partout ou j'ai juste plus de jus moi ?), puis redescente sur Fethiye. Billets de bateau en poche, il est midi. Je trouve une pension pour la nuit, pose mes affaires et lance une lessive (ALLÉLUİA, la 1ere depuis Göreme) avant de ressortir le trouver un truc à manger. Cet après-midi de pause est le bienvenu, et je repose mes cuisses fatiguées.
Le soir, je vise un restaurant un poil au dessus de mes habitudes. Mercimek çorbası, Lamacun, çay, baklava, je me fais plaisir. La note est plus raisonnable que je n'avais imaginé : décidément il va me manquer ce pays où l'on peut manger comme un roi pour moins de 8 euros...
Vendredi.
Mon ferry part à 8h45. On m'a demandé d'être à l'enregistrement une heure avant, mon naturel angoissé me fait viser 7h30. Réveil à 6h30, je remballe tout et prends la direction du port. Petit arrêt boulangerie pour le petit déjeuner que je prendrai en attendant d'embarquer et me voilà devant la guérite à 7h. Bon, j'ai sous-estimé mon efficacité là, clairement...


La traversée dure 2h. J'arrive donc aux alentours de 10h, heure grecque (eh oui je n'ai plus qu'une heure de décalage avec la France maintenant !), à Rhodes. Petit détour par l'Office de Tourisme pour quelques renseignements, je me fais indiquer la pension la moins chère du coin. Ça reste moins accessible que la Turquie où l'on trouve facilement sous les 15€/nuit pour une personne, mais raisonnable. Petit tour sur le port pour acheter mon billet de bateau suivant et déambuler dans cette cité médiévale : c'est sympas comme endroit mais un peu mort à cette saison. Très très touristique quand même, je ne suis que partiellement à l'aise.




Samedi.
La journée est une pause en bonne et due forme. Hormis le petit tour à l'Accropole et au stade antique, on ne peut pas dire que je fasse grand chose de constructif. Un truc que j'ai ingéré ces derniers jours, peut-être de l'eau, me met dans un état vaseux avec crampes d'estomac qui me décourage même d'aller faire un tour au musée archéologique... Visiblement ça se paye de forcer comme je l'ai peut-être fait ces derniers jours !

Je m'achète enfin la paire de ciseaux indispensable à l'entretien de ma barbe et m'atèle à la tâche devant le petit miroir de ma chambre : et hop 5 ans de moins ! J'en profite aussi pour dessiner les paysages de Turquie qui m'ont inspiré sur la route et que je n'avait jusqu'alors pas pris le temps de croquer autrement qu'en photo. Aller, une fois n'est pas coutume, je vous en mets deux p'tits en photo, c'est des images que vous avez vu plus haut :


Au lit à 20h, mon livre me tombe des mains avant 20h30... Bonne nuit !
Dimanche.
Ce matin le réveil sonne à 5h45. Le ferry part à 7h, on m'a demandé d'être là pour 6h30, j'ai pris un peu moins de marge que l'autre fois. Mais je ne peux apparemment pas m'en empêcher, être en avance semble être ma croix : à 6h33 je suis déjà sur le pont du bateau, après 15 minutes passées à attacher mon vélo dans la cale.
Mon ferry doit mettre 15h à rejoindre Heraklion, s'arrêtant au passage sur toutes les îles qui m'en séparent. 15h. Oh la vache comme ça va être long...
Les petits ports-étapes ne sont pas laids, voyez plutôt sur les images, et le temps passe malgré tout !
C'est depuis ce même ferry que je vous écris, pas encore arrivé si vous lisez ça avant 21h30 ce dimanche chez vous. Je viens aussi d'apprendre que nous avons pris un peu de retard, mais ne vous en faites pas j'adapte les plans ! Je n'arriverai pas à Heraklion, mais sûrement à Sitia, à l'est de l'île. Ce soir, bivouac en mode survie (ouuuh ça va faire une grosse journée pourrie ça), et demain c'est reparti ! Je vous raconte tout ça la semaine prochaine !





Ah oui ! Je n'ai pas encore réussi à me procurer une carte sim Grecque (rupture de stock sur Rhodes). Je ne serai donc pas vraiment joignable pour les deux ou trois jours à venir... Mais pas d'inquiétude, je prends soin de moi😁
Bref ! Une semaine qui se termine avec le commencement d'une nouvelle phase de ce voyage ! Hâte de vivre la suite hehehe
Bisous !
1 De Zoul -
Bon retour à l'euro ! Profite du soleil et de la chaleur pour nous, hésite surtout pas a nous en laisser un peu :)
Super marrant, j'ai dessiné l'endroit où tu étais, c'est la première fois qu'on poste nos dessins et on l'a fait en même temps, et c'est presque les mêmes lieux, coïncidence ? 😂
Aller bisous le sudiste !
2 De Muriel -
Coucou Camille
Quel plaisir de vous lire tous les trois et maintenant chacun avec sa route, franchement merci de prendre le temps de nous partager cela.
Je lis les posts pdt mon repas de midi et je suis obligée de regarder régulièrement sur maps, pour suivre😅, déjà moi je te croyais en Grèce, enfin là tu y es si j'ai bien tout suivi...
Bon courage pour les cuisses les épaules et....les fesses😬
Muriel ( maman Sidonie)
3 De Grogoire -
Ahhhh j'ai rattrapé tout mon retard je peux enfin commenter les billets !!
T'es vraiment trop fort de faire ça tout seul, c'est trop cool de te lire en tout cas et j'espère que tu as passé une bonne nuit hihihi allez gros bisous !!!
4 De Francette -
A lire les récits de Zélie et Adrien , on peut penser que tu as fait le bon choix côté climat , ils se gélent vraiment , je me demande où ils en sont cette nuit ... je vais aller voir si il y a un commentaire . Alors bonne nuit dans tes terres accueilantes ..;
5 De Michel -
Coucou Kam, avis aux lecteurs, cette semaine la carte est centrée sur la Géorgie. Mais si vous voulez retrouver facilement Camille c'est facile, il est en crête... sur la D400-)
Ou plus sérieusement quand vous êtes sur la page de la carte, repérez le bouton "Voir les calques", les espèces d'assiettes empilées, cliquez dessus. Dans la petie fenêtre qui s'ouvre cliquez sur la loupe en face du calque de Kam, et hop la carte sera centrée sur son trajet.
6 De papou manou kam -
salut Kam
c'est sûr le climat change, pour toi il est plus agréable que celui de Zélie et Adrien ils nous font froid au moins dans le dos!!! et nous impressionnent.
un défit? courage à eux.
Te voilà dans des contrées touristiques moins accueillantes que les montagnes turcs mais il parait que les habitants sont sympas??
Sur les photos, sur Gabriel nous ne voyons pas ta guitare? bien sûr c'est un peu encombrant!!! dessines, on aime bien cela évoque à Papou ses carnets de croquis qui le suivaient partout!! on attend tes récits et photos...
plein de bises Papou et Manou
7 De Guillaume -
Super, bravo à toi pour ce périple seul. La crête une belle île, de beaux souvenirs pour ma part. Je me souviens l ouest de île, moins bétonnée et de belles gorges à descendre à pied jusqu à des plages de rêves. J espere que c est encore le cas pour toi. Bises belle suite
8 De Sabine -
Hello Cam,
Trop contente de te savoir arrivé en crete. Pleins de très beaux souvenirs sur cette île, et en particulier la remontée des gorges d'Aradena qui étaient encore bien sauvages il y a 30 ans. Profites du soleil et emmagasine des calories pour réchauffer les fous de Nordistes ! Des bisous 😚. Sab